Le parti de Marine Tondelier a perdu Bordeaux, Besançon, Poitiers mais aussi Annecy ou Strasbourg.
En interne, les écologistes tentent de comprendre les raisons de leur échec.
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Des larmes coulent sur son visage, vite essuyées par une main fatiguée.
Sous les applaudissements de ses partisans, Léonore Moncond'huy, maire écologiste sortante de Poitiers (Vienne), tente de mettre de l'ordre dans ses pensées.
La défaite est cuisante pour celle qui avait arraché la mairie en 2020 au socialiste Alain Claeys.
Cette professeure de littérature doit désormais céder la mairie à son adversaire centriste, Anthony Brottier, qui a emporté la victoire avec 40,79% des suffrages, au soir du second tour des élections municipales , dimanche 22 mars.
"C'est ça la politique.
Il y a six ans, on a montré que rien n'était joué d'avance.
Cela peut aussi [aller] dans l'autre sens : rien n'est joué d'avance" , dit-elle, quelques instants après la proclamation des résultats.
Léonore Moncond'huy reconnaît d'ailleurs qu'elle avait "passé plus de temps [à préparer] le discours de victoire".
Résultats du 2d tour des municipales : déroute à Brest, déception à Toulouse...
Visualisez l'échec des fusions et des alliances à gauche
Arrivée légèrement en tête du premier tour (26,41%), la maire écologiste était pourtant parvenue à nouer une alliance avec le candidat LFI Bertrand Geay (14,05%).
Cela n'a pas suffi à assurer sa réélection, et son cas est loin d'être unique.
Victorieux en 2020, les écologistes avaient alors surfé sur ce que les médias avaient qualifié de "vague verte" en décrochant plusieurs grandes villes, comme Lyon et Bordeaux.
"Il faut néanmoins la relativiser, ce n'était pas un tsunami, c'étaient des victoires assez étriquées donc fragiles" , nuance Daniel Boy, spécialiste de l'écologie politique.
Suivez les réactions et analyses après le second tour des municipales 2026
Une chose est certaine : en 2026, l'écologie politique ne possède plus du tout le même attrait aux yeux des électeurs, ce qui explique en partie les résultats obtenus par le parti de Marine Tondelier.
"En 2020, ils avaient été portés par le fait que l'écologie faisait partie des premières préoccupations des Français.
Ce sujet étant beaucoup redescendu, leurs résultats ne pouvaient qu'être en recul ", note le directeur de recherche d'Ipsos, Mathieu Gallard.
"Le parti de Marine Tondelier a aussi souffert d'un 'backlash écologiste' qui date d'il y a trois ou quatre ans avec des positions anti-environnementales dans la sphère politique .
Le vent a tourné, analyse Daniel Boy.
Nous n'avons quasiment pas parlé d'écologie au niveau national alors que la question de l'adaptation des communes au réchauffement climatique est majeure."
Cette analyse s'est vérifiée au premier tour avec des scores en net recul dans plusieurs villes , notamment à Strasbourg et Besançon (Doubs).
Le parti de Marine Tondelier croyait avoir trouvé la parade en nouant, comme d'autres candidats socialistes, des alliances avec LFI dans l'espoir de conserver leur bastion.
Cela n'a pas fonctionné partout.
"En sauvant Lyon, ils évitent une déroute"
A Strasbourg , les écologistes perdent ainsi la mairie au profit de la socialiste Catherine Trautmann, après l'alliance passée entre la maire, Jeanne Barseghian, et le candidat mélenchoniste.
Même scénario à Besançon (Doubs), où Anne Vignot s'incline face au LR Ludovic Fagaut.
A Annecy (Savoie), le maire sortant écologiste François Astorg ne se représentait pas, mais son premier adjoint, candidat, doit céder la mairie au député Renaissance, Antoine Armand .
Les Ecologistes perdent aussi Bordeaux .
Alors que le maire sortant, Pierre Hurmic, paraissait peu menacé en début de campagne par rapport à d'autres élus de son camp, il doit finalement laisser l'hôtel de ville au député Renaissance Thomas Cazenave.
Des défaites qui sonnent lourdement en interne, au lendemain du second tour.
"Je ne vais pas vous dire que l'on traverse une période simple" , soupire Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale.
"Je suis très inquiet pour le pays.
Une vague de droite a traversé la France et la gauche est faible.
La cacophonie médiatique lamentable a démobilisé les nôtres" , analyse le député écologiste Benjamin Lucas.
"Sans sursaut collectif et unitaire, ça sera le chaos en 2027." Benjamin Lucas, député écologiste à franceinfo
"L'ensemble des écologistes doit se remettre en question.
On a une part des responsabilités dans cet échec", assume le député Jérémie Iordanoff.
"On a toujours une responsabilité dans une défaite, et on l'accepte : la vie politique est faite de victoires et de défaites.
Hier, la vague à droite est nationale", appuie également la députée écologiste Sandra Regol, élue dans la circonscription de Strasbourg, qui dénonce une campagne "violente" à l'égard de Jeanne Barseghian.
"Un flux des électeurs écologistes vers LFI"
Chez les Ecologistes, justement, "un travail d'introspection" va être mené pour comprendre les raisons de ces échecs, a promis, lundi matin, Marine Tondelier, dans un très long message posté sur X.
La patronne du parti a d'abord lié ces défaites au climat à gauche, en renvoyant dos à dos Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Olivier Faure (PS).
"Les Ecologistes ont dû faire face, souvent impuissants, que ce soit localement ou nationalement, aux propos de 'responsables' (l'ironie du terme…) politiques de notre propre camp qui ont préféré miser sur la politique de terre brûlée ou rejouer un énième congrès plutôt que de faire gagner la gauche."
Réaction au second tour des élections municipales.
00h30 : Je suis rentrée au siège des Écologistes après une soirée passée sur les plateaux TV, où chaque parti a comme je m’y attendais revendiqué ses victoires - il n’y aurait globalement que des gagnants ce soir !
Passée la… — Marine Tondelier (@marinetondelier) March 23, 2026
Et d'enfoncer le clou sur ceux qui ont fustigé les alliances avec LFI dans l'entre-deux-tours : "Est-ce que les personnes qui ont tiré à boulets rouges sur ces alliances toute la semaine ont une responsabilité dans la prophétie autoréalisatrice de la perte de certaines villes ?
Il est pour moi évident que oui." Reste que les fusions avec LFI ont démontré leurs limites .
"Comme les socialistes, les écologistes font face au même paradoxe avec LFI : ils sont incontournables au premier tour mais au second tour, l'alliance avec LFI est extrêmement dangereuse car elle fait peur à l'électorat de droite, qui se mobilise" , relève Mathieu Gallard.
"Lire tout au prisme de LFI est une erreur car on ne perd pas nos électeurs.
Par contre, l'extrême droite se reporte sur le candidat de droite.
D'ailleurs, Jordan Bardella avait appelé à l'union des droites au soir du premier tour" , décrypte Cyrielle Chatelain.
Dans son message sur X, Marine Tondelier a aussi assuré que son parti avait pâti d'un manque de savoir-faire en communication.
"Nous devons vivre avec notre temps et arrêter de considérer les réseaux sociaux et plus globalement la communication politique comme secondaires, quand ils sont si décisifs pour nos adversaires".
Même son de cloche chez la députée Eva Sas : "On a reproché beaucoup de choses aux écologistes, on les a beaucoup caricaturés.
Nous devons donc communiquer de manière beaucoup plus affirmée".
"C'est vrai qu'ils n'ont jamais été très bons communicants, mais ce n'est pas ce qui explique majoritairement leur score", estime pour sa part Daniel Boy.
Pour le spécialiste, ces municipales sont révélatrices d'un problème de positionnement des écologistes par rapport aux mélenchonistes.
"Ce n'est pas juste une défaite aux municipales, c'est plus grave que ça pour eux : il s'agit de leur identité par rapport à Jean-Luc Mélenchon.
Les écologistes ont perdu le monopole de l'écologie, avec un leader de LFI qui s'est emparé du sujet.
Avec la présidentielle de 2022 et les européennes de 2024, il y a eu un flux des électeurs écologistes vers les insoumis."
"Il n'est pas facile de différencier [le positionnement politique] des écologistes et des insoumis, contrairement aux socialistes vis-à-vis des insoumis.
En plus, les écologistes caressent dans le sens du poil un voisin redoutable, LFI, qui leur pique des voix.
Ils ont loupé les européennes et les municipales, leurs deux élections chéries.
Que leur reste-t-il ?" Daniel Boy, spécialiste de l'écologie politique à franceinfo
Ces mauvais résultats peuvent-ils remettre en cause en interne la position de Marine Tondelier ?
"On aura les débats en interne, des explications de texte dans les instances.
Ensuite, chacun prendra ses responsabilités.
Soit on se remet en question collectivement, soit on ne le fait pas et on n'existe plus", confie Jérémie Iordanoff, opposant interne à la secrétaire nationale.
"Il ne se passera rien du tout, il n'y aura pas de fragilisation de Marine Tondelier", oppose un autre élu écologiste.
"Jusqu'à présent, elle n'avait aucun problème vis-à-vis de son parti, glisse Daniel Boy.
Maintenant, on ignore ce qui va se passer."
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