"Quand vous perdez le bistrot, vous perdez l'âme du village" : inscrire les cafés au patrimoine immatériel de l'Unesco pour éviter leur disparition

Face aux fermetures à répétions des bistrots et des cafés, de moins en moins nombreux dans l'Hexagone, des professionnels du secteur proposent d'inscrire leur activité à l'Unesco.

"Quand vous perdez le bistrot, vous perdez l'âme du village" : inscrire les cafés au patrimoine immatériel de l'Unesco pour éviter leur disparition
"Quand vous perdez le bistrot, vous perdez l'âme du village" : inscrire les cafés au patrimoine immatériel de l'Unesco pour éviter leur disparition Photo: France Info

Face aux fermetures à répétions des bistrots et des cafés, de moins en moins nombreux dans l'Hexagone, des professionnels du secteur proposent d'inscrire leur activité à l'Unesco.

Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Sans paiement.

Sans abonnement.

En un siècle, plus de 90% des bistrots et autres cafés ont fermé leurs portes.

Ces lieux de vie, pourtant emblématiques du paysage français, sont désormais moins de 40 000 sur tout le territoire, alors qu'il y en avait 500 000 au début du XXe siècle.

Pour préserver leurs petits commerces, des professionnels du secteur, partenaires avec le PMU, souhaitent voir leurs "pratiques sociales et culturelles" inscrites au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco.

Parmi eux, on compte le Café de la Place, à Saint-Mars-la-Brière, commune de 2 700 âmes située dans la Sarthe.

Dans ce café calme, pas un seul portable à l'horizon.

" Nous, quand on est ici, le téléphone, sauf urgence, on ne s'en sert pas ", déclare un habitué des lieux.

Une plénitude partagée par deux autres clients qui discutent au comptoir : " Quand on arrive ici, on se met les pieds en éventail, on boit un petit verre, on discute avec les copains.

On se détend, on est bien ".

Des jeux de grattages dans les mains, un soda et un café sur la table, Lana, 9 ans, et sa maman, Christelle, viennent une à deux fois par semaine, pour leur " petit moment de grattage", confie cette dernière .

"Toutes les deux, mère-fille" , s'exclame la petite-fille avant de préciser, " et puis franchement, j'aime beaucoup ce bar et j'aime bien Stéphanie ".

Stéphanie Rameau est la patronne de ce café, depuis six ans déjà, et favorable à l'inscription des bistrots et des cafés français à l'Unesco.

" On est pas mal ici, tout le monde se côtoie ", dit-elle le sourire aux lèvres.

" On a même des dirigeants de belles sociétés qui viennent là, qui vont parler à des gens qui ne travaillent pas.

Le lundi, je sais qu'il y a beaucoup de personnes âgées qui viennent chercher encore leur programme télé, ils se retrouvent entre eux, ils se prennent un petit café" , raconte la patronne du Café de la Place.

Des lieux de rencontres souvent, derniers bastions de convivialité
Alors que les commerces mettent la clé sous la porte, ces bistrots des petites villes restent parfois le dernier endroit où il est possible de se retrouver et de partager.

Le café de Saint-Mars-la-Brière, ouvert sept jours sur sept, représente pour Jean-Marc, un dernier rempart.

Une ville sans café "ça devient une cité-dortoir, et il n'y a plus rien." Jean-Marc, un client du Café de la Place à franceinfo
Alors que tout ferme aux alentours, la gérante du café, Stéphanie Rameau, tient bon.

" La petite supérette du village a fermé au mois de décembre .

Dans le centre, il n'y a pas de commerces de proximité pour tout ce qui est alimentaire, donc on essaye de dépanner, on prend des commandes et on s'arrange avec le boulanger pour pouvoir livrer les gens qui sont dans le centre-bourg.

" Un café où l'entraide règne car " si un client cherche un médecin, les autres cherchent avec lui", fait remarquer la gérante qui organise également des concerts, des projections et des animations.

"L'été, les clients nous aident à ranger notre terrasse pour rester un peu plus !

J'ai vu aussi des soirs où l'on n'avait pas assez de tables, et les gens sont venus avec leurs propres tables de jardin ", se rappelle-t-elle.

Mais ses semaines sont chargées : " C'est 60-70 heures de travail en fonction des semaines.

Après, il faut rajouter les courses, l'administratif, les aléas, les contraintes et les commandes, parce que ça ne se fait pas tout seul ", relate Stéphanie.

" J'arrive à me verser un salaire, mais il y a des mois où c'est plus compliqué ", ajoute-t-elle.

Elle accueille environ 600 clients par jour, la majorité vient acheter du tabac, contre 700 à 800 il y a 2 ans.

Depuis, pour Stéphanie Rameau, l'inflation est passée par là, tout comme le marché parallèle du tabac.

Face à la désertification des campagnes, mais aussi à l'inflation et au pouvoir d'achat en baisse, les bistrots et cafés jouent la carte de la diversification de leurs activités.

Toujours en Pays de la Loire, dans la commune de Meurcé, Géraldine Thudawe, gérante du seul commerce du village qui propose un bar-restaurant, " fait également dépôt de pain, mais aussi la Française des jeux et tout ce qui est relais-colis ".

" On voit de plus en plus de petits commerces qui ferment parce que c'est compliqué", observe-t-elle .

"Nous, on a la chance d'avoir mon mari en cuisine et moi en salle.

Embaucher une autre personne est inenvisageable ", regrette Géraldine.

Emmanuel Macron plaide pour l'inscription des bistrots français au patrimoine de l'Unesco
Toute l'équation est là : multiplier les services et garder des petits prix.

À la carte de son restaurant, c'est une entrée, un plat, un dessert, une boisson et un café pour seulement 15,90 euros.

L'inscription à l'Unesco ne ferait pas de mal, au contraire.

" Je trouve que c'est très bien de mettre en avant les petits commerces, parce qu'effectivement, on est là pour assurer la restauration et le bar, mais on est également là pour le social.

Et on le voit, c'est très important.

Les gens ne sortent plus, ne se parlent plus, ne se voient plus."
"Nous, on voit que, quand ils sont là au bar, les langues se délient, et c'est vraiment un plaisir." Géraldine Thudawe, gérante d'un commerce à franceinfo
Géraldine et son mari aimeraient bien vendre et se consacrer uniquement à leur activité d'hôteliers dans le village d'à côté.

" On cherche à faire primer l'hôtel, parce qu'il n'y en a plus du tout dans le coin, mais on n'abandonnera pas ici tant qu'il n'y a pas un repreneur", assure la gérante.

Parfois, la meilleure volonté ne suffit pas, comme à Ligron, où le café est fermé depuis près de 5 ans.

Philippe Biaud, qui vient de quitter la mairie, a, quant à lui, connu cinq gérants en 10 ans.

" Malheureusement, commerçant en milieu rural, ce n'est pas si simple que ça.

Il faut avoir plusieurs casquettes.

C'est les montagnes russes, parce qu'à un moment donné on est très optimiste, ça fonctionne six mois, puis après on voit que ça commence à décliner ", témoigne l'ancien maire.

" Il ne suffit pas de l'ouvrir et de mettre de la lumière !

Pourtant, on avait fait un sondage auprès de notre population.

Mais vous avez des gens qui vous disent qu'il faut absolument un commerce dans notre village, mais ils n'y vont pas.

Ça interroge.

Mais il faut se battre.

Si on se bat, on y arrive.

Normalement", conclut-il .

L'inscription à l'Unesco, une aide précieuse pour sauver ces commerces ?

Pour Alain Fontaine, patron du Mesturet, à Paris, et président de l'association Bistrots et Cafés de France, à l'origine de la candidature pour inscrire les "pratiques sociales et culturelles" des professionnels du secteur au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco , il y a urgence.

Selon lui, "ça va donner une grande visibilité" .

"Quand vous perdez le bistrot, vous perdez l'âme du village .", se désole-t-il.

Pour y remédier, Alain Fontaine imagine déjà des mesures, notamment, une fondation pour soutenir les relances de bistrots, avec des aides administratives et financières, mais aussi une formation pour les repreneurs et une fête des bistrots, cafés et terrasses, le premier jeudi du mois de juin.

Un enthousiasme tempéré par Philippe Biaud.

" La difficulté, c'est de trouver les personnes qui, au quotidien, vont le faire vivre.

Vous pouvez avoir un support avec des aides, mais si en face, au quotidien, vous n'avez pas la bonne personne pour faire tenir ce commerce, ça a vite des limites ", certifie l'ancien maire de Ligron.

C'est désormais au ministère de la Culture de décider si, oui ou non, la France choisit de soumettre ce dossier à l'Unesco.

Alain Fontaine vise, de son côté, déjà un objectif : celui d'ouvrir, d'ici 15 ans, des bistrots dans les 22 000 communes qui n’en ont plus...Comme à Ligron.

Voir tous les contenus grands formats
L'émotion de Jean Dujardin aux obsèques de Bruno Salomone
Chappell Roan déteste les enfants, vraiment ?

Céline Dion fera son retour sur scène à Paris à l'automne 2026
"Le milieu agricole est extrêmement difficile" Ana Girardot
Plus de 100.000 fans réunis à Séoul pour le retour sur scène de BTS
Esports Nation Cup : la coupe du monde des jeux vidéo
"Mes parents se demandaient ce que j'allais faire de ma vie" François Damiens
Nicholas Brendon, star de "Buffy contre les vampires", est mort à l'âge de 54 ans
Winnie l'ourson fête ses 100 ans !

Isabelle Mergault : "Je voudrais mourir en faisant rire"
Ce que BTS raconte avec son nouvel album
Les BTS, groupe star de la K-pop, sont de retour
L'acteur américain Chuck Norris est mort à l'âge de 86 ans
L'actrice et réalisatrice Isabelle Mergault est morte à l'âge de 67 ans
On a tous travaillé gratuitement en jouant à Pokémon Go
Patrick Bruel visé par au moins deux plaintes pour des violences sexuelles
Jean Dujardin : "Avec Bruno Salomone, on s'est aimés immédiatement"
L'identité de Banksy révélée par l'agence Reuters
Impôts : les cartes Pokémon dans le viseur du fisc
"Projet dernière chance" : "le film le plus difficile" de Ryan Gosling
"Bruno Salomone a fait sa demande en mariage sur son lit d'hôpital"
"Une bataille après l'autre" triomphe, Michael B.

Jordan sacré...

Les moments forts des Oscars 2026
Oscars 2026 : la cérémonie est-elle sous la menace de l'Iran ?

La fabrique des guides pour les adolescentes
À 10 ans, il présente sa collection à la fashion week
En plein direct, Fabrice Luchini rejoue une scène de son film
Timothée Chalamet critique le ballet et l'opéra : peut-il perdre l'Oscar ?

La maison de Rihanna visée par des tirs
Sting & Shaggy : "L'IA ne peut pas faire de la musique qui donne la chair de poule"
Heated rivalry, la série de hockey au succès surprise
les mots-clés associés à cet article

Source: This article was originally published by France Info

Read Full Original Article →

Share this article

Comments (0)

No comments yet. Be the first to comment!

Leave a Comment

Maximum 2000 characters