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Le gouvernement veut reconduire et élargir l'expérimentation de la vidéo protection dopée à l’intelligence artificielle, notamment dans les transports en commun.
Le ministre de l’Intérieur présente la mesure mercredi en Conseil des ministres.
Le système est simple : une caméra filme une scène, une intelligence artificielle l'analyse et détecte des anomalies ou un danger .
Un opérateur prend alors le relais pour traiter l'alerte derrière son écran.
C'est ce qu'on appelle la vidéosurveillance algorithmique (VSA) et le gouvernement veut étendre son expérimentation jusqu'en 2030, comme l'a indiqué mardi 24 mars dans la soirée le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez , qui présente le texte, mercredi, en Conseil des ministres.
"Il y a une énorme opacité" : comment la vidéosurveillance algorithmique se développe en toute discrétion en France
Cette technologie, la préfecture de police de Paris l'a déjà utilisée pendant plusieurs mois pendant les Jeux olympiques de Paris en 2024 , mais pour des événements bien précis (JO, mais aussi concerts ou événements sportifs).
Cette fois, l'idée est de l'étendre dans les lieux qui accueillent du public, aux bâtiments qui font l'objet de graves menaces , terroristes par exemple.
Il s'agit aussi d'utiliser cette technologie dans les transports publics.
Non pas sur tout le réseau, mais sur des tronçons bien identifiés, comme des segments de certaines lignes de métro plus sensibles par exemple, indique à franceinfo l'entourage du ministre de l'Intérieur.
27 000 caméras installées sur les quais de métro et les gares d'Île-de-France
Selon ses promoteurs, l'IA aurait ainsi aussi toute sa place dans le centre de coopération opérationnelle de sécurité (CCOS), une salle de commandement située au cœur de la préfecture de police de Paris, que franceinfo a pu visiter.
Dans cette pièce ultra-sécurisée aux murs blancs, refaite à neuf en 2022, deux immenses murs sont munis d'une quarantaine d'écrans, chacun pouvant - au besoin - diviser l'image autant que nécessaire.
Ils retransmettent les images des 27 000 caméras installées sur les quais de métro de Paris et dans les gares d'Île-de-France .
Pour les regarder, dans un calme impressionnant, le commandant a fait installer un mesureur de décibels.
Ces agents, une dizaine, sont principalement policiers, mais aussi agents de la RATP ou de la SCNF, le principe étant de se coordonner pour fluidifier l'information.
"La difficulté c'est que dans cette salle, on a un retour de plusieurs dizaines de milliers de caméras et je n'ai pas assez de paires d'yeux pour toutes les regarder donc on essaye de cibler celles qui sont intéressantes" , relève le commandant Vincent, chef du CCOS.
Et c'est là où l'IA pourrait intervenir.
Comme, par exemple, pour aider ces trois agents, assis derrière leurs écrans dans une petite pièce attenante à la grande salle de commandement.
Hypervigilants, ils sont en train d'essayer de suivre la progression de voleurs à la tire qui viennent d'agir à la station de métro Barbès .
"Il y en a un qui a des baskets bleues" , note l'un des agents.
L'IA pourrait traquer ces baskets bleues pour suivre les voleurs d'une caméra à l'autre et aider les policiers sur le terrain à les arrêter peut-être plus rapidement.
"L'intelligence artificielle pourrait nous rendre service"
C'est en tout cas l'un des buts de la vidéo protection algorithmique .
Aujourd'hui "ça peut prendre jusqu'à six à sept heures pour ‘cheminer' [traquer] un individu, mais quand on a une victime à qui on veut rendre service, on va tout faire ici pour retrouver son agresseur.
Donc il est évident qu'avec de l'intelligence artificielle, on pourrait être beaucoup plus efficace et écourter ce temps de recherche" , souligne le commandant Vincent.
"Un gain d'efficacité" que souhaite également Anne-Florence Canton, directrice de l'innovation, de la logistique et des technologies à la préfecture de police de Paris.
"L'intelligence artificielle peut nous dire ‘attention sur cette caméra, à cet endroit, il se passe quelque chose' et ensuite l'opérateur vidéo prend la main et sait qu'il doit regarder cette caméra" , relève cette polytechnicienne.
L'idée est donc de gagner en efficacité, de gérer toutes sortes d'alertes différentes plus rapidement dans des gares franciliennes fréquentées tous les jours par des millions de personnes.
L'IA "pourrait servir à détecter des objets délaissés et faire des levées de doute sur les circonstances dans lesquelles l'objet a été abandonné dans une gare, ce qui peut occasionner une procédure colis suspect avec des périmètres de sécurité et neutralisation de toutes des circulations des trains.
L'intelligence artificielle pourrait nous rendre service là-dessus" , explique le commandant Vincent.
Surveiller les bâtiments sensibles pour contrer la menace terroriste
Autre exemple soulevé par ce policier haut gradé, la gestion des mouvements de foule : "On a très régulièrement dans les transports en commun des arcs électriques liés à l'électricité dans les rails et dans les caténaires.
Ces arcs électriques occasionnent des détonations très importantes, qui peuvent être prises pour un attentat.
Donc si on avait une détection IA qui apportait une réponse tout de suite sur l'origine de la détonation, on pourrait faire passer des messages très rapidement au sein d'une gare et d'une station pour rassurer les voyageurs" , indique le commandant Vincent.
En plus des transports en commun, le projet de loi de Laurent Nuñez prévoit donc d'étendre également la vidéosurveillance algorithmique dopée à l'IA à la surveillance de lieux, de bâtiments sensibles, exposés à la menace terroriste et à la criminalité.
Les grands musées parisiens pourraient être concernés.
Encore faut-il qu'ils fassent partie de la liste nominative retenue pour l'expérimentation, comme le souligne à franceinfo l'entourage du ministre de l'Intérieur.
Alarmes, copies d'œuvres, caméras...
Comment les musées français renforcent leur sécurité, deux mois après le cambriolage du Louvre
Et sur l'exemple des musées, un cas très concret vient à l'esprit d'Anne-Florence Canton : "Dans un cas comme le casse du Louvre , l'IA aurait pu être très utile avant et après l'évènement.
Avant, l'IA peut permettre de détecter qu'il se passe quelque chose d'anormal sur la façade [du Louvre] puisqu'on a sur la façade un objet [le monte-charge] et une personne qui n'ont rien à y faire, donc l'IA peut déjà générer une alerte".
Ensuite, "une fois que le casse a été commis, le sujet c'est de retrouver les voleurs et dans ce cas-là l'IA peut permettre de traquer la plaque d'immatriculation du véhicule, on peut aussi traquer le véhicule lui-même" , ajoute-t-elle.
Typiquement si c’est une moto rouge, l’IA va suivre cette moto rouge.
Si on avait eu de l’IA pour le casse du Louvre, ça aurait été vraiment une aide substantielle.
Anne-Florence Canton, directrice de l'innovation, de la logistique et des technologies à la Préfecture de police de Paris à franceinfo
Des "performances" encore "inégales et très variables"
Reste que les caméras algorithmiques ont encore beaucoup de lacunes, comme le reconnaît Anne-Florence Canton, qui a été entendue par le comité d'évaluation, chargé d'évaluer l'usage de la vidéosurveillance algorithmique après la première expérimentation pendant les JO de Paris en 2024.
Ce comité d'évaluation soulignait début 2025 dans son rapport des "performances inégales, très variables en fonction des opérateurs" selon les usages de la VSA.
Deux plus tard, certains de ces usages restent toujours aussi compliqués à utiliser, explique Anne-Florence Canton.
"Typiquement, un départ de feu c'est compliqué à analyser, on voit que l'IA confond encore une flamme avec un reflet ou un réverbère.
Ce qui reste compliqué aussi c'est tout ce qui va concerner les armes, parce qu'en soi c'est compliqué de définir ce qu'est une arme : ça peut être plein de choses" , explique l'ingénieure.
En revanche, "on a beaucoup moins de faux positif sur la détection des objets abandonnés.
Pendant les JO, on s'était aperçu que l'algorithme pouvait confondre une personne au sol, un SDF, avec un objet.
Eh bien aujourd'hui on s'aperçoit que les algorithmes sont beaucoup plus précis et qu'on a beaucoup moins ce type d'erreur" , précise Anne-Florence Canton.
Et de toute façon, ajoute-t-elle, "l'IA ne remplace pas l'humain" pour analyser les images, "c'est une aide".
Une aide dont le coût ne nous a pas été communiqué.
De leur côté, les associations de défense des libertés redoutent une surveillance généralisée, même si - pour l'heure - le recours à la reconnaissance faciale est totalement écarté par le gouvernement.
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Source: This article was originally published by France Info
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